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« L’insoutenable légèreté de la dette »

26 mai 2010 1 422 views 3 commentaires

Les journées se suivent et se ressemblent en Europe. Pris dans la tourmente financière, les gouvernements européens annoncent successivement des plans d’austérité et de gel des dépenses publiques. Hier, c’était la Reine qui lisait le discours préparé par David Cameron et ses 6 milliards d’euros d’économie, avant un second plan d’économies d’ici la fin juin. En Italie, Silvio Berlusconi annonce 25 milliards euros d’économie, le non-remplacement de 4 départs en retraite de fonctionnaire sur 5, et la baisse de salaires des membres du gouvernement et de hauts fonctionnaires. Et l’on ne revient pas sur la Grèce.

Gueule de bois

En France, le gouvernement de François Fillon a annoncé 100 milliards d’économies sur trois ans. La première mesure concrète prise pour atteindre cet objectif a peut-être été hier l’annonce du gel des dépenses du plan banlieue.

Derrière ces chiffres qui peuvent donner le tournis, c’est la crédibilité des états qui se joue. La gueule de bois est sévère pour tous ceux qui se sont endettés sans prendre les mesures, parfois impopulaires, de retour à l’équilibre. Ce sont aujourd’hui, ceux-là même qu’il y a un an à peine, appelaient à un « grand emprunt national » qui vantent les mérites de l’orthodoxie. Cruel retournement de tendance.

En l’occurrence, un alka seltzer ne suffira pas à retrouver la sérénité de l’’esprit. Six pays membres de la zone euro disposent aujourd’hui du triple A des agences de notation : Allemagne, Autriche, Finlande, France, Luxembourg et Pays-Bas. Cette note permet d’emprunter à des conditions avantageuses. Comme le souligne le Figaro, dans cet article, la France bénéficie de conditions favorables, en terme de durée d’emprunt, jusqu’à 50 ans, et de taux, moins de 3% sur les OAT, obligations assimilables du Trésor, à 10 ans. Ce qui fait des obligations de l’Etat français une « valeur refuge » dans l’océan de la finance internationale.

Par le resserrement rapide et vif des déficits publics, l’Etat multiplie les risques sur la reprise de la croissance, les tensions sociales et le creusement des inégalités. De la manière dont il le présentera et l’équité des mesures qui seront prises, dépendra la réaction de l’opinion publique, souvent encline à trouver des boucs émissaires et s’apitoyer sur son sort, et ce dans un contexte où la réforme des retraites en discussion focalisera déjà bien des mécontentements.

« L’insoutenable légèreté de la dette » est une expression utilisée par le sénateur Philippe Marini, qui l’évoquait déjà en octobre dernier. La remarque fait évidemment référence à un roman de l’écrivain français (d’origine tchèque) Milan Kundera, l’insoutenable légèreté de l’être.

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