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Réduire la dette. Retour sur une promesse vieille de trois ans

11 juillet 2010 1 539 views 3 commentaires

La question de la dette publique n’est jamais centrale dans une campagne politique française. Trop technique, trop rébarbatif, et surtout suggérant des efforts immédiats pour un résultat lointain. Ce qui a rarement l’heur de plaire à la population.

La dernière élection présidentielle en France n’avait pas échappé à la règle. Plus de trois ans après, il est bon de revoir les engagements pris à l’occasion de cette campagne.

« Ramener la dette publique à 60% du PIB »

Interrogé par Loïc Le Meur, Eric Woerth indiquait dans cette interview pour le site de campagne de Nicolas Sarkozy que l’objectif du président était d’abaisser la dette publique à 60% du PIB contre 64% en 2006. Eric Woerth parle ici de la dette publique au sens de Maastricht, c’est-à-dire intégrant la dette des collectivités locales et du système de santé publique et des organismes divers d’administration centrale (ceux-ci sont nombreux dans notre pays, plus de 4.000 comme la SNSM, les musées nationaux, Météo France…).

http://www.dailymotion.com/videox15qi5

Qu’en est-il trois ans plus tard, la promesse mise en avant par Eric Woerth, cet « engagement pris pour la première fois par un dirigeant de ce niveau », est-elle tenue ?

En 2009, la dette publique atteignait 78% du PIB au sens de Maastricht. Toutes les composantes du calcul sont à la hausse, mais c’est principalement la dette de l’Etat, parce qu’elle est plus importante en valeur mais aussi parce que sa croissance a été plus importante, qui explique ce dérapage. Les statistiques intermédiaires publiées par l’Insee, montre qu’au 1er trimestre 2010, la tendance n’est pas inversée, puisque le seuil de 80% a été dépassée. Rien n’indique que la situation va s’améliorer et le gouvernement prévoit de réduire le déficit budgétaire de l’Etat à 3% du PIB d’ici 2012. Or sans excédent budgétaire il est impossible de réduire massivement l’endettement d’un pays (sauf à compter sur d’éventuelles baisses de taux d’intérêt qui allégeraient les charges de remboursement. Vu le niveau des taux d’intérêt actuel, taux central de la BCE à 1%, on imagine mal que cette hypothèse puisse être réaliste).

De fait, le ratio de la dette publique française par rapport au PIB va augmenter. Et d’ici 2012, force sera de constater que l’engagement des 60%, « niveau raisonnable », dit Eric Woerth, le trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy, qui deviendra ensuite ministre du budget pour occuper aujourd’hui la fonction de ministre du Travail et connaître les déboires actuels que l’on connaît. Si l’homme semble sincèrement attaché à la réduction de la dette publique, tous ses collègues n’en font pas l’alpha et l’oméga de leur politique.

La crise économique n’explique pas tout

On pourrait prétexte que cette augmentation de la dette publique française intervient dans un cadre conjoncturel difficile. La crise financière a semblé imprévisible et explique une partie du creusement du déficit. Certes mais c’est plus un jugement rapide et plutôt politique que basé sur des faits économiques. En effet, la Cour des Comptes souligne dans un intéressant rapport publié récemment  sur les finances publiques que « la contribution de la crise au déficit de 2009 : 2,6 à 2,9 et que le déficit structurel de 2009 hors coût du plan de relance s’établit entre 4,8 à 5,3 », selon les scénarios pris en compte. Décomposition déficit 300x143 Réduire la dette. Retour sur une promesse vieille de trois ans

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En conclusion, si la crise économique explique les difficultés budgétaires de l’Etat, elle ne l’explique que très partiellement. Le boom de la dette française trouve sa cause dans une errance d’environ trente ans sur la question de la dette de la part des gouvernements successifs, préférant remettre au lendemain les décisions difficiles à prendre, et d’un plan de relance qui peine à montrer son utilité, ayant servi plutôt à se substituer à d’autres budgets d’investissement. Saviez-vous d’ailleurs que Patrick Devedjian est toujours ministre ? Le sait-il lui-même ? Sur le portail internet du gouvernement, la dernière actualité du ministre de la relance, pardon de la ri-lance, date du 10 janvier.

Mikaël Cabon

Pour en savoir plus sur les charges de la dette et son mode de calcul : http://www.educnet.education.fr/comptes/etat/dette/service_dette1.htm

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