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De l’avantage de perdre le Triple A

15 janvier 2012 408 views Aucun commentaire

GuardianUNETripleA 240x300 De lavantage de perdre le Triple AEn novembre dernier, l’agence de notation Standard and Poors annonçait par erreur la dégradation de la dette publique française, avant de se dédire. Rien de tout cela à la fin de la semaine dernière. Cette fois-ci la dégradation de la dette française à la note AA+ avec une perspective négative est bien réelle. Ici et ailleurs, elle a fait l’objet de nombreux commentaires.
Dans le contexte électoral français, cette annonce fait bien entendu les affaires des opposants à Nicolas Sarkozy qui à force de déclarations appuyées sur le “trésor” que constituait cette notation, et l’ensemble des avantages supposés de cette note, a lié son destin politique au maintien de cette notation.

http://www.dailymotion.com/videoxm0pj5


Rappelons cependant que l’agence de notation Standard and Poors est l’une des trois grandes agences de notation au niveau mondial. Les autres se nomment Moodys et Fitch. Par ailleurs, une agence de notation chinoise avait déjà indiqué que la dette publique française était déjà l’objet de doutes.

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Le débat sur le rôle des agences de notation en France est tronqué par des préceptes qui supposent que les méthodes de notation de ces agences ne seraient pas transparentes. C’est en partie le cas. Si des critères objectifs, notamment sur le niveau de dette comparé à la richesse annuelle produite par un pays, sont pris en considération d’autres critères et analyses plus subjectifs entrent également en ligne de compte.


Les risques liés à cette dégradation porte essentiellement sur le niveau des taux d’intérêts auxquels l’Etat devra proposer ses emprunts publics pour espérer trouver des financements sur les marchés internationaux. Par voie de conséquences, et par effet de ricochet, cela peut avoir des répercussions sur le niveau des taux d’intérêts des emprunts des collectivités locales et ceux des entreprises et des particuliers.


Cette nouvelle peut révéler néanmoins de nouvelles opportunités. Certes, le pire n’est jamais sûr, mais il semble que les investisseurs aient pris en ligne de compte cette dégradation depuis plusieurs mois. Il n’est pas certain alors que la perte du triple A change quoi que ce soit sur les marchés.

http://www.dailymotion.com/videoxmx6o3

Surtout, cela permet une nouvelle sérénité dans le débat politique. En effet, puisque le triple A est perdu, au moins pour une agence, la menace de sa perte disparaît. Dès lors ce qui agissait comme une épée de Damoclès n’a plus de raison d’être. On arrêtera alors, peut-être, de justifier un certain nombre de mesures par la nécessité impérieuse de conserver cette notation. Différentes études psychologies, et cela compte beaucoup plus qu’on ne le croit en économie, montrent que l’attente d’une mauvaise nouvelle est pire encore que de l’entendre effectivement.


Un sursaut national ?
Surtout, cela permet à la population française de se rendre compte à quel point nos finances publiques sont dégradées. Pour l’heure, les personnes qui considéraient le retour à l’équilibre budgétaire comme un objectif en soi étaient largement minoritaires dans notre pays. Habituée à financer ses gabegies à coup d’augmentation de la dette publique, la France s’est laissée enfermer elle-même dans une situation difficile, liant son destin, et celui de son peuple, ainsi que sa prospérité à celui d’analystes américains dont la force de prophétie est égale à celle du hasard, compte tenu de leurs erreurs passées (on pense à la notation de firmes ou d’Etats, notations plutôt positives, avant leur mise en faillite ou la démonstration qu’ils ne pouvaient rembourser leurs dettes).


On peut penser désormais que cette fâcheuse alerte va permettre de mettre au centre de la campagne électorale qui commence, la question budgétaire. Quand un Etat souhaite conserver son autonomie, son indépendance économique, il doit se mettre en situation de pouvoir y parvenir.

Quand il s’agit de souveraineté nationale, la France n’hésite pas à investir dans le maintien de son arsenal militaire et nucléaire. Quand il s’agit de sa souveraineté économique, les choix réalisés souffrent d’un manque de cohérence et d’un laisser-aller généralisé, à la fois des gouvernants comme des groupes d’intérêts divers dont l’objectif a d’abord été de se servir allégrement plutôt que de contribuer efficacement au bien-être économique de notre nation.

Pour la France, la préoccupation de l’équilibre budgétaire a été accessoire depuis trente ans. Tous les gouvernements, certains à des degrés moindres, ont joué avec le feu, préférant la perspective de leur réélection à la nécessité de prendre les mesures adéquates. Le tribunal de l’histoire jugera un jour de leurs actions ou plutôt de leur inaction, cette procrastination coupable et porteuse de conséquences, parfois dramatiques, pour les plus démunis. Pour l’heure, l’enjeu est maintenant de prendre les mesures raisonnables qui permettront à la France, et à l’Europe, de remonter la pente et assurer un retour à la normale qui demandera efforts et persévérance. Ce qui paradoxalement ne nous rendra que plus fort au bout du compte.

Mikaël Cabon

Illustration de couverture (très bonne idée d’ailleurs), tirée du journal anglais « The Guardian ».

Cadeau bonus.

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