L’arlésienne des emprunts russes

Souscrire à un emprunt, même d’Etat, comporte une part de risque. C’est la conclusion, quelque peu amère, que plus de 300.000 français ont pu faire après avoir souscrit à l’emprunt ouvert par la Russie tsariste en 1906. A l’époque, il y a donc 104 ans de cela, la Russie doit faire face à d’importants besoins de financement. Elle vient de perdre la guerre menée contre le Japon et lance un nouvel emprunt de milliards de francs. Il vise à assurer la stabilité d’un empire déjà sur le déclin et soumis à des pressions sociales importantes qui préfigurent l’avènement du bolchévisme. Las, l’emprunt ne sera que partiellement remboursé.

Motivés sous couvert de patriotisme, la France veut s’allier à la Russie, informés par une presse consentante, rassurés par les propos des politiques, sensibilisés par les gains potentiels, les français prêtent et reprêtent encore.

En 1917, Lénine mène la révolution et dépose le Tsar Nicolas II. La Russie devient l’URSS et n’imagine pas rembourser des dettes qu’elle estime ne pas être les siennes.

Après la fin du régime communiste en Russie, un accord intervient entre la France et la Russie en 1997 qui porte sur un remboursement de 400 millions de dollars. Les petits porteurs s’estiment floués eux qui estiment, à l’époque, le montant de leurs souscriptions à cent fois cette somme. La somme atteindrait aujourd’hui 100 milliards d’euros. Une association, l’AFIPER, mène encore le combat du remboursement. Elle demande à ce que la cathédrale orthodoxe de Nice soit saisie. Sans grande chance d’aboutir. Pendant un siècle, la question des emprunts russes aura fait figure d’arlésienne pour les uns, d’espoirs déçus pour les autres.

L’emprunt de 1904 n’était pas le premier. Le site Scripophilie revient sur la question : « En 1888, Moscou émet quatre emprunts de 500 millions de francs-or, sous la bénédiction des pouvoirs français publics. L’Alliance franco-russe de 1891 assure le succès des emprunts qui se multiplient. Les épargnants se ruent alors aux guichets des banques pour faire acte de patriotisme et prêter à Alexandre III (on construira même un pont à Paris sur la Seine qui porte son nom), puis à Nicolas II, à la Ville de Moscou, ou aux chemins de fer de Semiretchensk, … ».

Cadeau bonus. Petrouchka

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