Qui achète la dette américaine ?

Le présent exercice budgétaire américain va se terminer sur un déficit record : 1.556 milliards de dollars. De quoi donner aux américains l’envie de compter en euros. C’est le déficit le plus important, en dollars courants, jamais réalisé aux USA. Comme pour tous les marchés, celui de la dette souveraine suppose que l’offre rencontre la demande. Si les Américains engendrent des déficits, il leur faut trouver des prêteurs. Parmi ceux-ci, on trouve en premier lieu la Chine.

Chinamerica

Dans un rapport sur la dette américaine, Natixis rappelait qu’en décembre 2009, les réserves de change de la Chine étaient de 2.399 milliards de dollars, soit 30% des réserves de change mondiales. La raison est double. Les chinois sont depuis longtemps des épargnants invétérés, malgré leur enrichissement récent il conserve ce comportement culturel, et ce pays dispose d’une balance commerciale dont l’excédent est considérable. Rien que pour l’année 2008, celui-ci se montait à près de 300 milliards de dollars. La contraction de l’économie mondiale et la montée en puissance de la consommation intérieure engendrent une chute de cet excédent, pour la première fois en avril la balance commerciale chinoise a plongé dans le rouge, mais à long terme, la Chine devrait rester un pays excédentaire.

Ces dollars gagnés par le commerce, les Chinois le réinvestissent en grande partie dans les achats d’obligations d’Etat. Ainsi, la Chine, via différentes structures financières, possédait, en janvier 2010, 889 milliards de dollars de dette américaine.

Le jeu de la barbichette

Malgré les tensions géopolitiques entre les deux pays, qui oblige Pékin à recourir au lobbying directement à Washington, lire cet article du site Lobbycratie, les deux pays sont liés dans un jeu qui tient du « Tu me tiens, je te tiens, le premier qui rit aura une tapette ». Ce jeu de la barbichette impose aux deux géants économiques de trouver des compromis face à leurs divergences. La Chine se montre conciliante sur les déficits américains quand les USA abaissent leur pression sur le respect des droits de l’être humain. Cela n’empêche pas quelques querelles mais dans l’ensemble, l’entente sino-américaine est cordiale. La Chine est d’ailleurs un peu prise au piège. Si l’économie américaine ne reprend pas de la vigueur, elle y perd l’un de ses principaux clients et son actif financier, la dette qu’elle possède, perdrait aussi de la valeur. « Si Pékin cessait d’acheter des bons du Trésor et des actifs en dollars grâce aux montagnes de devises accumulées par son excédent commercial, cela aurait pour conséquence de faire grimper le cours du yuan face au dollar , indiquait Dean Baker dans le Monde Diplomatique d’avril 2010.

Il en a, pendant longtemps, été de même pour le deuxième propriétaire de dette américaine, le Japon, avec 765 milliards de dollars. Mis sous tutelle politique américaine après la Seconde Guerre Mondiale, l’archipel nippon a su construire une économie efficace, basée sur les exportations. Il a ainsi financé allègrement les déficits américains.

On peut lire un document mis au point par le journal The Guardian, à partir des données du Trésor américain.

A ce titre, ce document vidéo qui présente l’évolution de la propriété par des étrangers de la dette américaine est très significatif.

Reste que l’ensemble de ce que possèdent les pays étrangers de dette américaine ne représente qu’un tiers de cette dette qui, cumulée, atteint 12.000 milliards de dollars. On parle ici de la dette de l’état fédéral. Le solde, deux tiers donc, est détenu par des organismes financiers qui le financent par l’épargne des agents économiques américains, les ménages et les entreprises. En 2014, selon les estimations, elles pourraient avoir grossi de 50% pour atteindre 18.000 milliards, soit près de 100% du PIB américain du moment. Ceteris paribus, toutes choses égales par ailleurs, car on sait que si l’Etat américain peut être très dépensier, une partie du plan de sauvetage américain des banques et autres organismes de crédit, autour de 1.000 milliards de dette publique en plus, il peut aussi se révéler une formidable machine à cash comme ce fut le cas sous les présidences Clinton.

Le temps de la lecture de cet article, la dette américaine vient de se creuser de 28 millions de dollars. Un bel exemple de cet adage américain, « Time is money ».

Cadeau bonus.

Pour vous faire peur : l’horloge des dettes américaines